Kunda yoga : la posture de 5 lettres qui n’existe pas (et ce que ton bassin en pense)
Si Kunda s’invite dans tes mots croisés, c’est une bonne occasion de parler du vrai pot du yoga : ton bassin. Assise, souffle et ancrage à travailler sans délai.
Tu as tapé « posture de yoga 5 lettres » en espérant caler la dernière case de ta grille.
Souvent, la réponse qui tombe, c’est Kunda.
Et une fois le mot posé, la question suivante arrive : c’est quoi, au juste, cette posture ?
La vérité, c’est qu’aucun texte classique du yoga ne décrit un kundasana bien délimité avec un alignement standardisé.
Ce qui ne veut pas dire que le mot soit vide.
Au contraire. Il pointe pile là où des dizaines d’assises coincent : le bassin.
!Illustration du bassin vu de profil, avec une flèche montrant la bascule vers l’avant nécessaire pour une assise stable
Alors avant de te lancer dans une posture que tu croirais nommée Kunda, souviens-toi de la règle numéro un du yoga : si ça part du genou sans prévenir la hanche, c’est le lumbago ou l’ostéo qui gagnent. On va donc regarder ce qui se passe dans ton bassin quand tu t’assois, et comment utiliser le principe du pot (c’est la traduction littérale de kunda) pour une assise qui ne pousse ni sur les lombaires ni sur les genoux.
En sanskrit, kunda veut dire pot, pas posture
Kunda, c’est « pot », « vase », « cuvette », parfois « fosse ».
Dès dix minutes d’assise, tu sens que ton bassin fonctionne comme un récipient : trop penché en arrière, les lombaires s’écroulent et le souffle ne descend pas ; verrouillé en avant, la nuque compense.
Dans les grilles, Kunda s’est imposé comme posture à cinq lettres par défaut : court, et bien présent dans le lexique du yoga.
Mais ce n’est pas une posture unique. C’est une qualité d’assise applicable partout, que ce soit pendant une séance d’ashtanga yoga ou assis en tailleur le matin.
Le bassin en pot : l’assise commence par le sacrum
Quand tu t’assois, que ce soit en lotus (padmasana), en tailleur simple (sukhasana) ou en baddha konasana, la première chose à observer, c’est la position du sacrum.
Ce gros os triangulaire à l’arrière du bassin, c’est la base du pot. Si le sacrum recule, le buste s’affaisse ; s’il s’incline trop en avant, la cambrure s’exagère.
Une bonne assise part d’un ancrage solide : les deux ischions bien plantés, le bassin basculé juste assez pour que la colonne se redresse sans forcer les lombaires.
Pour sentir ça, assieds-toi sur un support ferme (un coussin, une brique) et glisse les mains sous les fesses pour repérer les deux os pointus. Bascule doucement d’avant en arrière. Le point d’équilibre, c’est quand la respiration peut descendre dans le ventre sans que la cage thoracique s’écrase.
Si tes étirements du bas du dos n’ont jamais réglé ta posture assise, c’est peut-être que tu travaillais la colonne sans toucher au bassin en amont.
Hanches et ischio-jambiers : ce qui bloque vraiment le pot
!A wooden yoga block wedged under a left hip, hamstring stretched with a strap, feet flexed, soft morning light casting l
Tu crois peut-être que le lotus se joue dans les genoux.
Non.
Padmasana s’ouvre dans les hanches. Le genou n’est qu’une articulation qui suit le mouvement (ou qui morfle si on le force). Si le bassin est une cuvette, les hanches en sont les bords : trop rigides, le récipient ne s’ouvre pas.
Les coupables sont souvent les adducteurs et les ischio-jambiers.
Quand ces muscles manquent de longueur, le bassin bascule en arrière, le sacrum s’arrondit, et tu te retrouves dos rond, genoux hauts. À ce stade, forcer le lotus ou n’importe quelle assise croisée, c’est reporter la pression sur les genoux.
Avant de croiser la deuxième jambe, pose une question à ta hanche : tourne-t-elle vraiment vers l’extérieur, ou est-ce ton genou qui encaisse ?
Si tu n’es pas sûr, travaille d’abord des postures comme le papillon (baddha konasana) sans chercher à poser les genoux au sol à tout prix. Laisse le poids des cuisses ouvrir l’aine, le bassin légèrement basculé en avant. On est exactement dans la logique du pot : le fond se stabilise, les parois se détendent.
!Vue de dos d’une personne en tailleur, les mains posées sur les cuisses, avec le bassin en légère antéversion
Et si tout ça te semble trop technique, un petit étirement des lombaires ciblé peut déjà aider à détendre la zone avant de t’asseoir.
Mais ne confonds pas étirement du dos et ouverture des hanches : l’un ne remplace pas l’autre.
Trois repères pour poser le pot dans ton assise
Pas besoin d’avoir un nom sanskrit officiel pour expérimenter le principe de Kunda. Installe-toi comme pour une séance de méditation guidée et teste ces trois repères. Tu ne cherches pas une forme parfaite ; tu cherches la stabilité du récipient.
Repère 1 : le fond du pot.
Assieds-toi sur la pointe des ischions, pas sur l’arrière des fesses. Si tu roules trop vers l’arrière, le bassin part en rétroversion et le dos s’arrondit. Si tu bascules trop vers l’avant, la cambrure force. Cherche le point où les vertèbres lombaires se placent sans effort, presque comme si un fil tirait le sommet du crâne.
Repère 2 : l’assise du souffle.
Ferme les yeux. Place une main sur le bas du ventre, une sur le sternum. Respire normalement, puis allonge l’expiration. À chaque expiration, sens le plancher pelvien se relâcher légèrement. Le pot n’est pas un bloc de béton : il respire avec toi. Si tu pratiques ujjayi, mets l’accent sur la détente du ventre plus que sur le bruit de gorge.
Repère 3 : l’ancrage des ischions dans le sol.
Pendant cinq respirations, concentre-toi sur la pression des ischions contre ton tapis. L’ancrage, c’est ça : un contact franc, sans crispation. Puis, en gardant cette conscience, essaie de soulever très légèrement un genou, puis l’autre, juste pour tester la mobilité. L’idée est de vérifier que la hanche reste libre sans perdre l’assise du bassin.
Si tu as besoin d’une variante plus dynamique, tu peux explorer un yoga du rire en conservant la même assise : les épaules se déverrouillent et le bassin ne bouge pas, ce qui muscle la stabilité du pot sans que tu y penses.
Respiration et drishti : le bassin recueille le souffle
!A seated silhouette in profile, hands resting on the pelvis, subtle ribcage expansion, soft candlelight, breath visible
Un bassin stable, c’est bien. Mais si le mental part en vrille et que le regard papillonne, le récipient se vide.
Le drishti, le point de regard, est ce qui relie l’assise au souffle. Quand tu tiens une posture, fixe un point au sol, environ un mètre devant toi, ou garde les yeux fermés si tu es en méditation. L’important, c’est que le regard soit aussi posé que le bassin.
Enchaîne avec une respiration alternée (nadi shodhana) : pouce droit sur la narine droite, inspire à gauche, annulaire sur la narine gauche, expire à droite, et ainsi de suite.
Le bassin, immobile, recueille la circulation du souffle. Pas besoin de chercher à « faire circuler l’énergie » ; contente-toi de sentir l’air frais entrer, l’air tiède sortir.
Si ta pratique inclut un bandha, notamment mula bandha (le verrou de la racine), intègre-le avec parcimonie : sur une expiration lente, tu engages le plancher pelvien très doucement. Un bassin instable oblige à compenser en contractant trop fort, et le pot ne respire plus. Commence par l’assise passive avant d’ajouter un verrou.
Côté Ayurveda : le bassin, siège de vata
En Ayurveda, le bassin est le siège de vata, le vent. Un pelvis verrouillé ou désaxé entretient la tendance vata : agitation mentale, sécheresse articulaire, sommeil haché. Bien ancré, le pot calme vata. Pas de lévitation pour autant. Juste un dos moins crispé et une respiration plus ample.